Toyota mise sur l’hydrogène

28.07.2014

Le constructeur japonais Toyota va mettre en vente en 2015 sa première berline grand public alimentée par une pile à combustible.

Les dirigeants de Toyota se souviennent qu’en 1997, quand ils avaient lancé au Japon leur disgracieuse “Prius”, nombre d’analystes avaient ricané devant ce modèle hybride combinant un moteur essence conventionnel et un moteur électrique alimenté par une batterie. La gamme s’est pourtant imposée, toutes catégories confondues, comme l’une des plus populaires dans le pays et domine encore aujourd’hui le marché mondial des véhicules dits propres.

Ce mercredi soir, heure japonaise, quelques heures après avoir dévoilé, à Tokyo, leur première voiture grand public alimentée par une pile à combustible, les cadres du constructeur nippon ne s’attarderont donc pas sur les commentaires dubitatifs, tant ils sont convaincus que cette nouvelle technologie va, à son tour, bouleverser le marché automobile mondial. « Avec cette voiture, nous inaugurons une nouvelle période de diversité », a résumé Mitsuhisa Kato, le vice-président exécutif.

Cherchant à s’ouvrir un marché de masse, Toyota a annoncé qu’il allait mettre en vente sa nouvelle berline propre au Japon fin 2014 ou début de 2015, au prix d’environ 7 millions de yens, soit 50.500 euros. La commercialisation sera lancée quelques mois plus tard dans certains pays européens et aux Etats-Unis. Le groupe espère que le gouvernement japonais, puis d’autres institutions sur d’autres marchés, subventionneront partiellement l’acquisition de ces véhicules non polluants.

Les moteurs de ces voitures sont, en effet, alimentés par une électricité, non pas stockée en batterie, mais produite lors de la mise en réaction dans un système basé sous l’habitacle d’un dihydrogène embarqué dans deux bonbonnes, et du dioxygène de l’air. Cette combustion produit de l’énergie électrique et ne rejette que de la vapeur d’eau. Et donc pas de Co2. « C’est le véhicule écologique idéal », a soufflé Mitsuhisa Kato.

S’il ne nie pas les qualités écologiques des véhicules tout électriques de ses concurrents, Nissan notamment, le vice-président exécutif note que leur développement reste handicapé par leur faible autonomie et par la lenteur de leur rechargement. Le nouveau modèle de Toyota peut parcourir d’une traite 700 kilomètres et n’a besoin que de trois minutes pour faire le plein d’hydrogène !

Cette efficience théorique risque toutefois de se heurter aux manques de stations proposant des pompes à hydrogène. « Le défi des infrastructures sera l’un des plus grands dans les premières années », reconnaît Mitsuhisa Kato, qui presse le gouvernement et les géants locaux de l’énergie de développer rapidement un réseau de stations de recharge. Pointant ces limites, le cabinet Navigant Research estimait il y a quelques mois que seul un millier de voitures équipées d’une pile à combustible seraient vendues en 2015 dans le monde.

Une technologie au modèle économique encore incertain

L’hydrogène est un sujet de recherche depuis des années pour l’industrie automobile. Le groupe Hyundai-Kia commercialise déjà un modèle, le ix35 Fuel Cell. Tout comme Toyota, Honda devrait livrer un premier modèle dès l’année prochaine, et travaille avec General Motors sur la technologie. En janvier 2013, l’alliance ­Renault-Nissan, Ford et Daimler ont signé un partenariat pour partager leur recherche. Tout comme BMW, qui s’est allié avec Toyota. Mais il faudra du temps pour créer un marché de masse. L’hydrogène devra lever des barrières écologiques – production de l’hydrogène –, technologiques, et économiques, vu son prix et la nécessité de déployer des infrastructures coûteuses. Un défi, alors que les pouvoirs publics sont déjà sollicités pour appuyer le développement de l’électrique.